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Qui se souvient que l’introduction du web dans nos téléphones mobiles a à peine 20 ans ? Alors que le déploiement de la 5G fait la une, notamment avec l’attribution des premières fréquences et la commercialisation des premiers forfaits, le coup d’œil dans le rétroviseur de la téléphonie mobile a de quoi donner le vertige. Quelques dates nous le rappellent : les années 1990 ont vu naître la 2G avec le SMS, les années 2000 la 3G avec l’arrivée d’Internet dans les téléphones, et il y a dix ans, la 4G s’imposait avec le haut débit. Dans cette course à la vitesse et à la puissance, l’arrivée de la 5G apparaît donc comme la prochaine étape, inéluctable.

Difficile cependant de réduire l’arrivée de la 5G à un simple saut technologique, tant son potentiel de révolution est énorme, et ce dans bien des domaines : l’économie, la cybersécurité, la santé, la souveraineté des États, sans parler de son impact géopolitique et énergétique. La 5G interroge donc avant tout la place que nous souhaitons donner au numérique dans nos vies et nos économies, son développement n’allant pas de soi.

Les alternatives existent

Parmi les arguments généralement avancés pour présenter la 5G comme une nécessité, le fait qu’elle répondrait à des besoins légitimes de nos sociétés futures. Or les voitures autonomes, par exemple, fonctionnent très bien sans réseau téléphonique, comme l’a prouvé la Google Car. Les objets connectés ? Ils se passent de fréquences denses en informations, et leur extension à l’ensemble de la vie quotidienne n’est pas encore plébiscitée par le grand public.

Enfin, les réseaux existants sont plus performants qu’on ne croit : ils ont finalement absorbé le boom des connexions liées aux confinements. La crise liée à la Covid-19 a aussi accéléré la réflexion sur la nécessité d’une sobriété numérique. Cette sobriété nous permettrait — par exemple — de rentabiliser notre utilisation de la bande passante (est-il vraiment utile de visionner des images en HD sur smartphone ?).

Un contexte hésitant

Autre élément qui fait pencher pour une remise en cause de l’inéluctabilité de la 5G, la réticence autour de cette technologie, qui semble toucher non seulement la population, mais les industriels eux-mêmes, exception faite des équipementiers et des vendeurs de terminaux téléphoniques. Peu d’entreprises se préoccupent aujourd’hui du développement de la 5G ou le réclament, à tel point que certains opérateurs de téléphonie plaident pour le renforcement des réseaux existants et de la 4G. Par ailleurs, la crise sanitaire actuelle et son lot d’incertitudes ne poussent pas à une accélération à marche forcée, et interrogent l’impact écologique des technologies, en particulier numériques.

La consommation énergétique, point noir de la 5G

De fait, la question de la ressource énergétique est peu présente dans les débats sur la 5G, alors qu’elle est au cœur du sujet : si une antenne 5G consomme moins qu’une antenne 4 G, le flux plus fort des antennes 5G implique une consommation d’énergie réelle bien plus importante, sans parler de la nécessité de multiplier antennes et bornes pour répondre aux contraintes techniques propres à cette technologie (par exemple la plus faible portée des antennes).

Un passage massif à la 5G serait en outre synonyme de renouvellement du parc de smartphones, ce qui représente un coût écologique non négligeable, le recyclage des téléphones n’étant pas encore entré dans les mœurs. L’impact sur l’environnement vient ainsi s’ajouter aux interrogations largement médiatisées et encore sans réponses, quant à ses effets sur la santé.

Transparence et éducation, les priorités

Afin que les citoyens puissent se saisir du sujet, l’urgence est à la transparence et à la collecte d’informations (encore trop parcellaires, notamment sur le coût énergétique ou le coût global). Elles pourraient être collectées et publiées par l’ANFR (Association nationale des fréquences), qui dispose depuis 2015 d’un Comité de Dialogue relatif au niveau d’exposition du public aux ondes rassemblant les opérateurs, les constructeurs et les associations, les collectivités et les représentants de l’administration.

Autres conditions à cette appropriation citoyenne, l’éducation au numérique, qui devrait être développée, y compris dans ses aspects techniques, mais aussi l’installation d’instances de suivi et d’évaluation. Même si l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) a annoncé la mise en place d’un observatoire de la couverture de la 5G, l’accessibilité des données sur l’impact économique, social, sanitaire ou écologique reste un enjeu fort.

Organiser la régulation

Au-delà de la transparence, c’est bien la question de la régulation de la 5G et de sa gouvernance qui est devant nous. Éditer des normes et contrôler les opérateurs permettrait de limiter l’impact énergétique et environnemental, et garantirait une meilleure performance de cette technologie.

Quant à la gouvernance, elle reste à clarifier : jusqu’à ce jour, c’est surtout le jeu du marché qui a présidé aux décisions concernant la 5G. Les acteurs institutionnels existent, mais le processus de décision pêche par manque de clarté et fait douter d’une réelle stratégie nationale sur le sujet. Une anomalie quand on sait que les pouvoirs publics organisent déjà le débat public autour de technologies liées aux infrastructures publiques (eau, gaz, électricité…) qui nécessitent d’être réglementées. Ainsi, une clarification du pilotage de la décision publique concernant la 5G et toutes les innovations ouvrirait la voie à un véritable partage de cette révolution en devenir.

 

Article réalisé avec l’appui du rapport « De la 4G à la 5G : révolution, évolution ou involution ? », de la promotion Wangari Maathai— cycle national 2019 – 2020 de l’IHEST (L’Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie).

 

L’Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie (IHEST)
L’IHEST forme les cadres dirigeants et les influenceurs à l’utilisation des connaissances et de la démarche scientifiques dans la prise de décision. Pendant leur parcours de formation, ils explorent les sujets économiques et sociétaux contemporains, et des questions centrales pour penser l’avenir de leurs organisations : transition numérique, développement durable, gouvernance…