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S’il était un pays, Internet serait au 3e rang mondial de la consommation d’électricité, derrière la Chine et les USA.

Vrai

Dans « Clicking Clean », un rapport publié en 2017, Greenpeace propose un classement de la dépense mondiale d’électricité. Avec une consommation de 1 817 TWh (térawatt-heure), Internet se place bien derrière la Chine (5 523 TWh) et les États-Unis (3 832 TWh).

Mais ce palmarès qui compare des États et un usage mondialement partagé a-t-il un sens ? « Avec ce genre d’études, les ONG (Organisations Non Gouvernementales) veulent frapper les esprits. Si l’on chiffrait l’impact environnemental des utilisateur·trices de l’automobile au niveau mondial, cela exploserait tous les compteurs. Mais ces analogies sont nécessaires. Pour le numérique, dont la pollution est invisible, le propos doit être spectaculaire, notamment pour être repris dans les médias », décrypte Fabrice Flipo, professeur de philosophie des sciences et techniques à l’Institut Mines-Télécom Business School et coauteur de La face cachée du numérique (éditions L’échappée, 2013). Plus que les valeurs brutes, c’est la tendance qu’il faut retenir : + 5 à 7 % par an, selon un article de 2018 du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique). Un scénario qui pourrait pourtant se révéler encore trop optimiste si les objets connectés se multiplient, comme cela se profile.

La réduction de l’empreinte écologique du numérique ne passera pas uniquement par un comportement plus sobre de la part des utilisateur·trices. Les fournisseurs ont aussi du travail à faire. Les sites web peuvent par exemple être pensés pour limiter les échanges de données. Les « data centers » (centres de données)  peuvent aussi devenir moins gourmands en énergie. 

 

Faire du shopping pendant une heure sur Amazon pollue plus que de traîner une heure sur Facebook.

C’est plus compliqué que ça

Classer les plateformes mastodontes en fonction de la « propreté » de l’approvisionnement énergétique de leurs centres de données est aussi une initiative de Greenpeace. Dans son rapport « Clicking Clean », des dizaines de multinationales sont évaluées en fonction de la part d’énergies renouvelables, de charbon, de nucléaire, etc. qu’elles consomment. Apple, Google et Facebook décrochent la timbale avec des A partout. Depuis quelques années, les firmes de la Silicon Valley communiquent amplement sur l’efficacité énergétique de leurs centres de données. « Mais malheureusement, ces gains environnementaux sont engloutis dans un effet rebond, qui conduit à déployer encore plus de serveurs », pointe Jonathan Schaeffer, ingénieur de recherche en informatique à Grenoble et membre du groupe EcoInfo du CNRS. Dans ce classement, Facebook bénéficie donc d’une bonne note quand Amazon se voit infliger un C. Et Netflix, un vilain D. La source d’énergie qui approvisionne les data centers fait souvent la différence. Florence Rodhain en remet une couche : « Et si par ailleurs votre navigation sur Amazon vous pousse à de multiples achats inutiles qui vous seront livrés depuis l’autre bout de la planète en 24 h… »

La solution ? Évaluer un usage numérique avec son pendant « réel ». « Plutôt que d’ouvrir votre application de cartographie quand vous cherchez votre chemin, posez la question à un passant, lance Florence Rodhain, maîtresse de conférences à Polytech Montpellier et autrice de La nouvelle religion du numérique : le numérique est-il écologique ? (éditions EMS, 2019). C’est la meilleure garantie de ne pas polluer. »

Une recherche sur Google équivaut à l’émission de CO₂ qu’un arbre peut absorber en une journée.

Faux

La comparaison paraît parfaitement calibrée. En fait, c’est impossible à affirmer. Pour l’Ademe (Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), taper quelques mots dans la barre de recherche du célèbre moteur correspond à l’émission de 7 g de CO₂. Mais selon Google lui-même, l’opération ne produirait que 0,2 g… Quant aux arbres, leur capacité d’absorption dépend beaucoup de leur âge, de leur taille, de leur espèce et de leur localisation géographique. Néanmoins, en moyenne et à la (très grosse) louche, elle s’établirait, selon les experts, entre 200 et 300 g par jour.

La face cachée de l’iceberg, pour l’ingénieur du CNRS Jonathan Schaeffer, réside dans les échanges de données que nous ne sollicitons pas. Au premier rang desquelles les synchronisations automatiques de toutes nos applications Google, notamment les sauvegardes dans le « cloud ». « On peut couper certains de ces échanges en réglant les paramètres du système d’exploitation Android de nos smartphones », conseille-t-il. 

Le mieux selon lui : installer une version libre d’Android. Contrairement aux versions propriétaires, elle n’est pas programmée pour effectuer des synchronisations automatiques de tous les comptes Google. À vos tutos ! Attention toutefois de consommer ces vidéos avec modération pour ne pas plomber définitivement le bilan carbone de l’opération ! Plus simple à mettre en œuvre : tentez d’utiliser à bon escient les moteurs de recherche, dont il est difficile de dire si l’un est plus « propre » qu’un autre. En clair, tapez directement chut.leschuchoteuses.fr dans votre barre de navigation pour nous lire au lieu de passer par Google, Qwant ou même Ecosia, métamoteur de recherche qui promet de planter des arbres avec ses revenus publicitaires. 

Le numérique pollue plus que le transport aérien.

Vrai

Le think tank français The Shift Project, dans son rapport « Pour une sobriété numérique » de 2018, estime que le poids du numérique et celui du transport aérien étaient équivalents jusqu’en 2007, mais que depuis, l’écart ne cesse de se creuser ! « La communauté scientifique considère qu’en 2025, le numérique répandra autant de CO₂ que tout le secteur de transport léger : camions, voitures, motos. Trois fois plus que l’aérien », avertit Florence Rodhain de Polytech Montpellier. « La comparaison avec le transport aérien est souvent brandie, parce que les avions sont vraiment les « bad guys” des émissions de CO₂ », complète le philosophe Fabrice Flipo.

Une vidéo regardée sur le Net équivaut à la consommation d’un frigo pendant un an.

Faux

L’image est percutante… mais bien approximative. Une vidéo, certes, mais avec quelle définition de l’image ? Et quel frigo ? En 2013, une étude américaine pointait qu’une heure de visionnage internet de vidéos par jour pendant un an entraînait la même dépense d’énergie que la consommation moyenne d’un frigo sur la même période. Elle a été ensuite (mal) reproduite et tronquée par certains médias.

La consommation de vidéos est néanmoins un sujet de la première importance. Notamment parce qu’elle est exponentielle et parce que les designs des plateformes constituent de puissants incitateurs à cet usage, par la mise en avant des contenus et la lecture automatique des vidéos sur les réseaux sociaux, par exemple. The Shift Project, qui milite pour une « économie décarbonée », a publié un rapport à ce sujet en août 2019 : « Climat : l’insoutenable usage de la vidéo en ligne ». Le think tank veut mettre en débat public la question des usages de la vidéo. La pornographie pèse pour 25 % du trafic. « On doit arrêter de tourner autour du pot, pose l’un de ses rédacteurs, Maxime Efoui-Hess, un brin provocateur . Si on veut conserver la possibilité de regarder de façon illimitée du porno sur le web, il faut se dire qu’on se prive à l’avenir d’autres usages, comme la transmission de savoirs via des vidéos sur Youtube et ailleurs. Parce qu’il faut se mettre en tête que l’Internet aussi est une ressource finie. » 

Réduire la définition d’une vidéo regardée sur Youtube limite déjà la taille des données échangées. Préférez aussi votre smartphone ou votre ordinateur à votre télévision HD (haute définition) alimentée par une box, particulièrement gourmande en énergie. 

Sylvie Fagnart
Sylvie Fagnart
Plume Journaliste