A l'écoute, la version sonore de la nouvelle

Léa claque la porte. Comme d’habitude, comme à chaque fois qu’elle rentre dans cet appartement cossu de l’immeuble haussmannien de la rue de Rennes, à Paris, où elle a vécu les joies et les tourments de son enfance et de son adolescence. Elle en connaît chaque recoin. Il lui donne la nausée.

Son père est déjà rentré. Il est avachi dans le canapé en cuir du salon, il s’est servi un whisky. Elle sait qu’il était là, assis au cinquième rang de la salle Gaveau, même si elle a tout fait pour ne pas croiser son regard. Elle le toise. Avec un air de dégoût et de victoire. Sa prestation sur scène est déjà virale sur les réseaux sociaux. Avec sept de ses amis, ils ont appelé leurs collègues à la désertion, à sortir du système. Terminées enfin, oubliées, ces études étriquées qui conduisent les étudiants sur le chemin d’une carrière balisée comme des bestiaux qu’on guident vers l’arène. Le combat se mène ailleurs. Le slogan de leur génération, c’est la conclusion de l’article de Virginie Despentes après le départ d’Adèle Haenel de la cérémonie des César, à l’annonce de la récompense attribuée à Roman Polanski : « Le monde que vous avez créé pour régner dessus comme des minables est irrespirable. On se lève et on se casse. C’est terminé. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde. »

Philippe Zaouati