Exercices de respiration, conseils pour mieux vivre l’anxiété, dédramatisation de la dépression… De nombreux.ses psychologues, psychothérapeutes et psychiatres partagent trucs et astuces pour prendre soin de sa santé mentale sur les réseaux sociaux. Sur la plateforme de création et de partage de vidéos TikTok, on parle même d’un « Therapy Side » : le hashtag « mental health » (pour santé mentale en français) culmine à 5 milliards de vues.

Si le sujet de la santé mentale est de plus en plus abordé, les réseaux sociaux lui offrent une nouvelle visibilité. Maëlle, 25 ans, a commencé à regarder ce type de vidéos sur Tik Tok, proposées par l’algorithme directement sur sa page d’accueil. « C’était une vidéo du type “Put a finger down if…” sur l’anxiété ou les troubles de l’attention. On baisse un doigt à chaque fois que la phrase s’applique à nous. C’est un peu de l’auto-diagnostic, mais il est précisé que ce n’est pas suffisant pour poser un diagnostic », nous explique-t-elle.

Ces vidéos se sont multipliées à partir du printemps 2020 et des premiers confinements, notamment en Amérique du Nord et en Europe. « Dès que le confinement a commencé, je me suis inquiétée pour mes patients, qui souffrent de TCA (troubles du comportement alimentaire), d’anxiété, de dépression… Je voulais trouver une façon d’aider », détaille Janick Coutu, psychologue québécoise alias Dosedepsy, 63 000 abonné.e.s sur TikTok. L’isolement du confinement a pu empirer certains symptômes anxieux ou dépressifs, ou grandement impacter la santé mentale de nombreuses personnes.

Dès que le confinement a commencé, je me suis inquiétée pour mes patients, qui souffrent de TCA (troubles du comportement alimentaire), d’anxiété, de dépression… Je voulais trouver une façon d’aider.

Janick Coutu, psychologue québécoise alias Dosedepsy

Enlever les préjugés autour de la santé mentale

Avec un public principalement âgé de 15 à 24 ans, TikTok a été très utilisée pendant les confinements. « Les réseaux sociaux permettent de rentrer en contact, de diffuser une information positive. Ça permet de dédramatiser la santé mentale », analyse Ilaria Montagni, enseignante-chercheuse à l’Université de Bordeaux, spécialisée sur la communication en santé. « Je veux normaliser le fait d’aller en thérapie, parce que beaucoup de personnes souffrent en silence », déclare Kristen Gingrich, travailleuse sociale aux États-Unis, connue sous le nom de Notyouraveragethrpst, 250 000 abonné.e.s sur la plateforme.

Les sujets abordés sont variés, et prennent souvent en compte les demandes des abonné.e.s. « Je fais beaucoup de contenus liés à la communauté LGBTQ+, à l’anxiété ou aux troubles alimentaires », nous explique Jessica Leigh, psychologue en Caroline du Sud, aux États-Unis, qui cumule 25 000 abonné.e.s sur Tik Tok. Bien que tous les sujets ne peuvent pas être traités en 30 secondes. « Dans l’anxiété et la gestion émotionnelle, il existe des outils concrets, donc c’est plus facile d’en faire des vidéos », souligne Janick Coutu. Pour Maëlle, ces vidéos ont confirmé son intérêt pour les questions de santé mentale, après avoir déjà eu recours à des thérapies. « J’ai eu l’impression d’apprendre des choses sur des questions qui me taraudent, sur l’anxiété ou le stress », déclare-t-elle.

Au-delà du contexte de pandémie, la santé mentale fait encore l’objet de préjugés et représente un coût financier non négligeable. « L’accès à un accompagnement thérapeutique n’est pas accessible pour tou.te.s », déplore Kristen Gingrich. Il s’agit également pour ces professionnel.le.s de faire changer le regard sur leur profession. « Je voulais montrer un autre modèle de psychologue aux plus jeunes. Ce ne sont pas tous des personnes qui ont l’air plus âgés qu’eux ou qui hochent la tête sans rien dire ! », ajoute Janick Coutu.

J’ai vu des défenseurs de la santé mentale poster de bons contenus, mais aussi d’autres donner des conseils dangereux ou donner l’impression qu’ils sont diplômés en santé.

Jessica Leigh, psychologue

Tik Tok ne remplace pas une véritable thérapie

Les professionnel.le.s de la santé mentale témoignent de nombreux retours bienveillants. « Je reçois des messages me disant avoir donné une seconde chance à la thérapie », se réjouit Kristen Gingrich. Mais pour autant, TikTok ne se substitue pas à une thérapie : « Il n’y a aucun travail thérapeutique qui peut être fait sur les réseaux sociaux, la thérapie c’est bien plus que donner des outils » insiste Janick Coutu. « Avoir accès à ces connaissances peut être une avancée quand d’autres options ne sont pas disponibles », résume Jessica Leigh.

Car TikTok, comme d’autres plateformes, n’échappe pas aux « conseils » prodigués par des personnes qui ne sont pas des professionnel.le.s de la santé mentale : thérapeutes autoproclamés, coachs de vie ou bien prophètes… Si certains de ces conseils peuvent s’avérer pertinents, d’autres peuvent se révéler dangereux. « Les gens peuvent être déjà vulnérables quand ils vont consulter ce type de contenus ou ce type de professionnels » constate Janick Coutu. « J’ai vu des défenseurs de la santé mentale poster de bons contenus, mais aussi d’autres donner des conseils dangereux ou donner l’impression qu’ils sont diplômés en santé », ajoute Jessica Leigh.

Pour Ilaria Montagni, il ne faut pas oublier l’ambivalence même d’internet : « c’est un très bon relai pour faire de la méditation, avoir des conseils pour gérer le stress etc… Mais internet peut être un lieu anxiogène ». Pour l’enseignante-chercheuse, comme pour tous les contenus, il faut apprendre à bien se repérer sur internet pour obtenir la meilleure information possible. « Reconnaître les sources, avoir un esprit critique, vérifier et comparer les informations… quelque chose que nous devrions apprendre dès l’école », ajoute-t-elle.

Pauline Ferrari
Pauline Ferrari
Journaliste Tech
Mes domaines de prédilections : nouvelles technologies, féminismes, sexualités, cultures web et tréfonds d'internet.