Mea Culpa

VOUS AVEZ TORT. Vous venez de lire ces quelques mots, et sans que rien ne soit en jeu, ils sont déjà difficiles à « entendre ». Ils contiennent une certaine violence psychologique qui nous pousse dans nos retranchements. Commencer ou poursuivre un dialogue avec ces mots, ou ses synonymes, c’est forcément fermer toute discussion.
Nous n’aimons pas nous tromper, c’est un fait. L’erreur est mal vue, dès l’école primaire. Elle est pointée du doigt, et reste gravée en nous en fonction de nos par-cours. Il faut avoir tout bon, avoir raison, c’est ainsi que nous sommes façonné·es. L’apprentissage de l’humilité intellectuelle n’est pas vraiment l’apanage du système français, il faut bien l’avouer. Ce renforcement d’ap-prentissage s’appuie sur différents biais cognitifs, dont il est bien difficile de se défaire.
Opinion n’est pas raison
Les hommes qui façonnent les algorithmes qui nous gouvernent désormais ont tout à fait conscience de la façon dont leurs inventions vont se jouer de nous. Ces derniers, dans une perspective sexiste et viriliste veulent tout simplement dominer le monde. C’est le but affiché, l’objectif avoué, nous manipuler, nous mettre sous emprise et transformer nos sociétés, les influencer selon leur bon vouloir. En plus des développeurs de ces sociétés souvent pointés du doigt, des équipes de neuroscientifiques sont aussi au cœur des stratégies, afin de jouer avec nos émotions et nos pensées.
Ce renforcement de nos biais de confirmation se dé-place en dehors de la sphère numérique, en dehors de nos écrans de smartphone ou d’ordinateur. Il vient grignoter notre façon de communiquer, d’échanger, il vient supprimer le principe même de dialogue, quelles que soient les circonstances, dans la sphère privée, professionnelle et politique.
La vérité est ailleurs
Se défaire de l’emprise des algorithmes, c’est prendre conscience qu’il nous faut réapprendre le dialogue, réapprendre les échanges sans confrontation, accepter d’avoir tort, le reconnaître et l’avouer aux autres, accepter dès lors que l’autre puisse avoir raison. C’est mettre en place une logique de compromis, de solutions intermédiaires qui pointent vers le bien commun et le vivre ensemble.
Dans un monde qui nous effraie, tant par la crise climatique qui nous submerge, par les guerres en cours qui débordent, que par la difficulté de la fin du mois, les mots-clés de la France qui sont nos guides depuis la révolution ne résonnent plus assez : Liberté, Égalité, Fraternité (Adelphité). Ne laissons pas des guerres d’ego sans intérêt prendre le pas sur nous.
Comment réapprendre ce dialogue en dehors des algorithmes ? Comment sortir de leur emprise ? Comment la notion d’esprit critique est-elle malmenée ? Comment remettre la pensée critique au cœur de notre façon de penser et de raisonner ? Voici le cheminement que nous vous proposons dans ce nouveau numéro de Chut ! Magazine, « Emprise algorithmique, à la recherche de l’es-prit critique ».





