Nouveaux métiers, nouveaux noms de code

La disparition imminente de la majorité d’une ribambelle de métiers a fait les gros titres, dommage si vous exercez l’un d’eux. Les études s’enchaînent, la logique reste la même : ceux qui ne sont pas dotés de compétences informatiques se retrouveront bientôt sur le bas-côté de l’autoroute du #futureofwork. Pous nous, il est grand temps de parer à toute cette montée d’angoisse. Il est indéniable que nous n’avons jamais vécu une révolution aussi totale, qui touche toutes les strates de la société et les continents.

Le dernier rapport de l’OCDE sur les perspectives de travail est sans équivoque : non seulement la population de travailleurs vieillit rapidement, de plus 6 sur 10 adultes n’ont pas les compétences basiques ou l’expérience en sciences informatiques nécessaires à l’exercice des nouveaux métiers. Il y a donc un décalage entre les compétences actuelles dans la population d’actifs et les nouveaux métiers en émergence. Pour couronner le tout, les nouvelles compétences nécessiteront des mises à niveau régulières pour répondre aux nombreux défis susceptibles de s’enchaîner à une plus haute fréquence à l’avenir.

Plus alarmiste, Erwann Tison, interviewé dans notre dernier numéro papier, avance que 42 % d’actifs verront leur métier disparaître à cause du numérique. D’une part, la robotisation remplacera les tâches physiques dans les métiers tels que la manutention. Mais comment ne pas accueillir un développement qui contribue à réduire la pénibilité ? D’autre part, l’automatisation est bien une réalité, malgré son étendue qui reste très discutée… Selon le rapport de l’OCDE, seulement 14 % des métiers seraient fortement impactés par l’automatisation. Car elle ne sera pas toujours la solution la plus efficace, bon marché ou même désirable dans une logique de création de valeur.

À l’abri sont ceux dont les compétences manuelles ne peuvent être robotisées, car trop fines ou nécessitant une part humaine importante et irremplaçable par les machines. Mais on ne peut pas tous devenir coiffeurs.

Ne pas savoir coder, mais s’inspirer des développeurs

Revenons-en à nos moutons, si apprendre le code n’est pas la solution, être ouvert à l’apprentissage tout court l’est certainement ! Et si nous choisissions de voir les choses autrement ? Réjouissons-nous du renouveau des métiers, des nouvelles opportunités pour un plus grand nombre de personnes, notamment pour ceux qui sont aujourd’hui minoritaires sur le marché du travail. On n’a jamais vu d’ascenseur social aussi puissant que le numérique, ça c’est une révolution bel et bien humaine !

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Les récents abus sur nos données ou les pratiques douteuses de géants du numérique ont montré l’urgence d’établir une conduite plus juste, transparente et équitable ; pour cela il faudra des têtes bien faites. Le règne du 100 % code est terminé. Ainsi comme le disait Frédéric Bardeau, fondateur de l’école Simplon, lorsque nous l’avions interviewé : « c’est une vision à 360 ° ». Si le développement informatique reste un métier d’avenir, il ne peut à lui seul construire un web à l’image de notre société.

Il y a cependant des leçons à tirer de ce métier… Tout développeur aguerri vous le dira, il ne suffit pas de savoir coder, il faut savoir créer un code qui conviendra le mieux à la situation. Et si l’on apprenait non pas à coder, mais à réfléchir comme un bon développeur ? À questionner et voir les tâches en perpétuelle voie d’amélioration ? Au-delà de la technique, il est question de créativité. Contre toute attente, la formule unique n’existe pas, puisque les procédés répétitifs, sans valeur ajoutée, sont facilement automatisés et donc remplacés par des robots. Comme l’explique la programmatrice, auteure du livre sur l’informatique pour les enfants Hello Ruby, Linda Liukas dans son Ted Talk, le numérique est un outil qui paraît surtout complexe pour les adultes. Démystifié et séparé de la complexité d’une obscure machine, il devient un mode d’expression comme les autres. Tout comme on choisirait des crayons de couleur pour donner vie à son imagination, un enfant peut choisir de penser son monde imaginaire à la façon d’un développeur, sans pour autant aligner des rangs de formules de code.

D’ailleurs le même rapport de l’OCDE préconise un changement de modèle éducatif, vers un apprentissage au long cours. En somme, il faudrait que toute notre société accepte l’accueil de nouvelles informations, méthodes et compétences au fur et à mesure que les besoins du marché évoluent.

Pas besoin de code pour dessiner une tech qui nous ressemble

Aujourd’hui, nous conversons avec des objets au quotidien, un comportement entré dans la norme que nous n’aurions pu prédire voilà seulement quelques années. Les enceintes peuvent même intégrer une fonction pour obliger tout le monde à rester poli, sans « s’il te plaît », point de réponse à sa requête. Les métiers qui se sont développés autour de la commande vocale tentent d’infuser un maximum d’humanité. Lors de son interview dans notre dernier numéro papier du magazine, Carole Laillier, docteure en sciences du langage, consultante en IA et formatrice indépendante, explique que le français pose un défi supplémentaire pour la commande vocale. Linguistiquement parlant, notre langue regorge d’expressions et de variations d’une même signification, et surtout elle est très marquée par le contextuel. Sans les capacités littéraires de personnes qui apprennent aux robots à reconnaître les requêtes des utilisateurs, une portion entière de notre lexique serait menacée de disparition à force de ne pas être comprise par les machines. Ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

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Toujours pas convaincu ? Voici des exemples de métiers susceptibles d’apparaître en description de vos contacts Linkedin d’ici 2030 :

  • L’éthicien sera chargé d’évaluer la déontologie derrière les innovations, leur capacité à contribuer au bien commun, notamment dans les grands groupes. On est sur un profil de juriste, chercheur, philosophe de la tech, ça fait quand même un peu rêver !
  • Les coachs de formation professionnelle s’affaireront à réorienter tous ces travailleurs qui ne sauront plus quel rôle endosser.
  • Les experts de l’apprentissage en continu aideront les travailleurs à mettre à jour leurs compétences. Un métier qui mêle veille de tendance et connaissance de la plasticité neuronale.
  • La valorisation des déchets numériques créée déjà des perspectives. Au rythme où nous changeons de smartphone et autres outils connectés, il faut dès aujourd’hui même réfléchir à comment disposer de tous ces gadgets. On parle ici d’un maître du recyclage augmenté !
  • L’urgence climatique n’aura pas ralenti d’ici vingt ans. Les spécialistes des situations de crises climatiques auront du pain sur la planche, un métier aussi technique qu’il sera social.
  • Le vieillissement de la population, la silver economy, va occuper la médecine, certainement rapidement assistée par des robots, sans pour autant être remplacée.

 

En 2030, le monde comptera sans doute plus de technophiles. Nous collaborerons certainement avec des machines à l’intelligence fine, qui se chargeront de nous rendre plus précis, de réduire la marge d’erreur, de nous trouver la bonne information plus rapidement. Devant cette angoisse de perdre le fil, d’être laissés pour compte dans un monde qui change à une vitesse inimaginable, il devient essentiel de replacer le numérique à sa place d’outil, duquel nous restons décisionnaires, grâce à nos compétences incontestablement humaines, sans une ligne de code.

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Fascinée par la relation entre l'humain et la tech, je décrypte les tendances innovantes qui tentent de répondre aux enjeux sociétaux d'aujourd'hui et de demain. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations de digital nomade, avec ou sans connexion.