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La "clean meat", déjà au menu à Singapour

A toutes celles et ceux qui s’interrogent de plus en plus sur l’avenir de la viande, cette chronique vous est dédiée ! 

C’est que la production de viande est de plus en plus montrée du doigt. Trop polluante avec 15 % de production de gaz à effet de serre, elle pose aussi des soucis de conscience. Désormais, place aux flexitariens et flexitariennes, ceux et celles qui apprécient le bon rôti du dimanche, mais qui consomment de moins en moins de viande les autres jours, conscience écologique et animaliste oblige. Nous serions déjà 24 % en France à avoir passer le pas selon France Agrimer. Tandis que, par ici, en France, nous philosophons encore sur notre rapport à la viande, les Singapouriennes et Singapouriens ont commencé à déguster ce que l’on appelle désormais la « clean meat » ou viande in vitro depuis un an déjà, notamment pour les nuggets à base de viande de poulet de la société Eat Just à 17 dollars le plat. Plus cher qu’au Macdo ! Cette viande, est cultivée à partir de cellules animales, dans des cuves semblables à celles utilisées pour la fermentation. Donc, il ne s’agit pas de produire un nuggets végétal à la texture travaillée pour ressembler à de la viande. Il s’agit bien de viande, identique au niveau moléculaire à celle que nous dégustons déjà.

Un business juteux

Si l’entrecôte éthique ne vous fait pas encore saliver, c’est pourtant déjà le cas des investisseurs et investisseuses. Pour la Silicon Valley, c’est sûr : le futur de nos assiettes se crée déjà en laboratoire. Bill Gates, Richard Branson et Sergey Brin (le cofondateur  de Google) font partie des investisseurs les plus connus, citons aussi Leonardo Di Caprio pour le côté people. Katy Perry, Ophrah Winfrey et Serena Williams misent elles sur la viande végétale, tout comme notre Xavier Niel nationale avec HappyVore. Si la viande cellulaire tente de répondre aux questions éthiques, écologiques, voire sanitaires, face aux maladies transmises à l’être humain par les animaux, elle est aussi perçue comme une potentielle réponse à la demande croissante de viande dans le monde due à l’augmentation de la population, tant que le monde entier ne se convertit pas au végétarisme.  

Le poulet éthique du dimanche n'est pas pour demain

Pour autant, la clean meat du dimanche n’est pas encore pour demain en France. D’une part, parce que le steak de viande in vitro coute encore beaucoup trop cher à produire. D’autre part, parce que son rapport carbone pour sa production n’est pas si exemplaire comparé à la production traditionnelle pour l’instant. On peut aussi se poser la question de l’emploi. Les éleveurs et éleveuses n’étant pas forcément disposés à troquer leur blouse des champs pour celle blanche des laboratoires afin de continuer à nourrir la planète.

Et surtout, un manque de transparence dans les procédés de création est pointé du doigt, et notamment l’ajout d’hormone de croissance interdite en Europe depuis 1981, interdiction renouvelée en 2003, puis 2007 par l’Autorité Européenne de sécurité des alimentes, la EFSA. A l’heure où le consommateur et la consommatrice veulent au contraire revenir vers plus de traçabilité et avoir des certitudes sur la qualité des produits présents dans leur assiette, la viande cellulaire n’inspire pas vraiment confiance. C’est que nous ne sommes pas encore prêt et prête à passer le pas de cette clean meat, aux allures de mauvaises viandes façon L’Aile ou à la cuisse, le film avec Louis de Funès, qui comme dans le film, pourrait bien nous faire perdre le goût, de la même façon que le Covid.

Aurore BISICCHIA
Aurore BISICCHIA
Directrice de publication
Cofondatrice du média Chut!