Vous avez fondé Jamespot en 2005, à l’époque Facebook n’avait qu’un an. Vous avez mis au cœur de ce nouvel outil le principe de collaboration et de coopération. Pourquoi ?

Coopération et collaboration sont indissociables : avec la première, on reconnaît la valeur des autres, avec la seconde, on coconstruit des solutions avec les autres. Dans les deux cas, c’est ce qui est collectif et commun qui importe le plus. Quand on regarde le paysage du numérique, on a tendance à ne regarder que les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, N.D.L.R), qui sont devenus des monstres : dans une logique de marché, ces entreprises sont dans l’ultra compétition, asséchant à terme toute possibilité d’échange, de collaboration. 

Mais quand on dézoome, on se rend compte que la tech, ce sont des milliers d’entreprises qui fonctionnent de façon coopérative. Dans la société, c’est un peu la même chose : l’accent est souvent mis sur la compétition, avec les concours, les émissions de télé ou les Jeux olympiques, et cela finit par épuiser le fonctionnement politique et social.

Qu’apporte cette coopération au sein de l’entreprise ?

Notre idée avec Jamespot, qui est un réseau social d’entreprise, est de montrer que partager les informations et trouver collectivement des idées garantit la progression des équipes. Il y a en France une dynamique intéressante autour de la transparence qui se met en place progressivement. Malgré un vrai blocage culturel et historique sur ce sujet, on est en plein changement ! 

Les entreprises qui découvrent Jamespot ont plusieurs attitudes : face aux effets positifs de la coopération, soit elles accélèrent leur changement, soit elles ne font rien, soit elles stoppent le mouvement. Il peut y avoir une certaine méfiance devant un outil comme Jamespot, la crainte que l’égoïsme finisse toujours par l’emporter est présente dans les organisations. Du côté des dirigeant·es, certain·es préfèrent au pari de l’intelligence collective l’ignorance de leurs collaborateur·rices, souvent pour des raisons d’image.

Avec des outils comme Jamespot et cette nécessité de la transparence, quel équilibre trouver entre le collectif et la valeur individuelle ?

Gardons à l’esprit que chaque individu est une entité à part entière, qui n’est pas interchangeable, contrairement à ce qui est dit parfois ! Faire coopérer les salarié·es, ça n’est pas nier la spécialité ni l’altérité de chacun·e. 

Ce que je vois arriver dans le monde de la tech et du numérique, c’est le retour du collectif comme une force, en même temps que la capacité à valoriser les individus. On le voit avec la multiplication des outils de valorisation personnelle. Un collectif fait d’individualités, c’est sans doute le visage du numérique de demain !

À condition de travailler à ce qu’on appelle « la souveraineté numérique » ?

Oui ! Cette souveraineté est essentielle pour sortir de la logique de domination. Si on n’y fait pas attention, on risque d’être exclu du jeu. Les régulations sont essentielles, et les récentes décisions européennes comme le Digital Markets Act vont dans le bon sens.

Quels ont été les effets de la pandémie ?

Il y a eu évidemment une ruée sur les outils de visioconférence, et généralement plus de travail collectif. Beaucoup d’entreprises se sont jetées sur les freemiums américains, mais elles en reviendront peut-être. Le principe des grandes entreprises de tech qui dominent le marché est de proposer un service gratuit pour épuiser le marché, et quelques années plus tard de rendre tout payant. Du côté des utilisateur·rices de Jamespot, la pandémie les a poussé·es à aller encore plus loin, par exemple dans le « management visuel ». Cela consiste à partager pour un projet commun des « tableaux » en ligne coopératifs : chaque membre du groupe concerné (de 3 à 15 personnes) est en droit d’y poser ici une note, là une image, un fichier, un schéma… autant de cartes qu’on peut déplacer, modifier ! L’usage de ce type d’outils a été multiplié par dix chez nos utilisateur·rices.

Le numérique est-il condamné à rimer avec vitesse ?

Nous travaillons plutôt à la promotion des outils asynchrones, pour sortir de la tyrannie de la visio et apprendre au contraire à ralentir le rythme : il existe plein d’autres outils qui permettent de faire travailler des personnes ensemble, sans être ensemble en direct. Je pense aux micro-sondages ou aux teasers vidéo. Nous devons consommer varié quand il s’agit de fruits et légumes, mais aussi de numérique. C’est ce qui garantit notre « bonne santé » numérique, c’est-à-dire garder du plaisir, de la surprise et de la disponibilité intellectuelle ! 

A propos de notre partenaire

Jamespot est la plateforme collaborative 100 % no-code conçue pour booster la communication et la collaboration des équipes. En quelques clics, la solution est capable de répondre finement aux besoins métiers de chaque client·e.

La rédaction de Chut !
Chut ! est un magazine de société qui prend le temps d’observer l’impact du numérique sur nos vies.