Le podcast

Difficile aujourd’hui de faire sans : les élections prennent place dans nos écrans, où se niche le nouvel espace public 2.0. Dans la nouvelle agora numérique, des voix émergent et se propagent, d’autres s’effacent et disparaissent. Les biais d’opinion sont choses courantes, des mouvements de pensée se créent, influencent et enferment dans les bulles de filtres opinions et croyances. Conséquence ? Une radicalisation d’une partie de la société, l’invective comme habitude numérique et une tolérance d’opinion moins audible. Sur Internet comme dans tout espace public, les tensions s’expriment. Sur Internet plus qu’ailleurs, elles s’exacerbent, par le mouvement d’amplification propre aux réseaux sociaux.

Le brouhaha de l’information digitale, la multitude des plateformes d’opinions, l’émergence des influenceur·ses et la désinformation volontaire sont-ils dès lors à l’origine de la défiance vis-à-vis du monde politique et médiatique ? Participent-ils à la crise de la démocratie contemporaine ?

Ces dernières années ont pourtant aussi été le théâtre d’une prise de parole sans précédent, à l’origine de bouleversements sociaux majeurs. Jamais les Printemps arabes, #MeToo et #BlackLivesMatter n’auraient pu voir le jour sans Facebook et Twitter. En cela, Internet est devenu le lieu de la liberté d’expression et un outil pour lutter contre les inégalités et les discriminations. Un espace public qui n’est, comme le définissait le philosophe Habermas, ni plus ni moins « qu’une sphère où la critique s’exerce contre le pouvoir de l’État »

La fabrique de l'opinion

Mais tout cela doit être teinté de nuances : en l’espace de quelques années, tout a changé. De l’Internet des débuts aux premiers forums, nous avons migré nos prises de parole vers les plateformes des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). L’opinion publique s’y façonne différemment, les biais s’y propagent, les complots s’y déchaînent, trouvant avec la crise sanitaire et l’incertitude ambiante un terreau fertile. Cette opinion publique n’est-elle pas devenue l’« opinion » tant redoutée de Platon, qui fait le lit des sophistes et qui est sous le dictat de la passion du peuple ?

De toute évidence, on ne peut que pointer le rôle majeur des géants américains du Net eux-mêmes. Car si l’on s’en réfère à notre définition de l’espace public, lieu de rassemblement, d’échange, de discussion, n’oublions pas aussi qu’il a ses règles, que nous y avons nos droits, et nos devoirs. Or les GAFAM, qui jouent aujourd’hui un rôle économique et politique majeur, n’ont pas cette vocation. Leurs plateformes ont avant tout une finalité mercantile, avec un modèle économique basé sur l’économie de l’attention qui n’a d’autre objectif que de nous rendre captif·ves. Là est la source de la confusion. Nombreux·ses sont celles et ceux qui s’insurgent contre le manque de régulation et de transparence des réseaux sociaux, ce far west du numérique qui n’obéit à aucune loi ou presque. « Il faut inventer de nouvelles façons de réguler les réseaux sociaux, en permettant aux internautes de se tourner vers la justice. Une meilleure régulation passerait par plus de transparence sur les systèmes de censure et de blocage, une reconnaissance d’un droit d’appel des citoyens vers les plateformes, et enfin un accès aux données authentiques », nous enjoint le chercheur en science de l’information et de la communication Romain Badouard dans les pages qui suivent.

De nouveaux repères

Ce sont ces grands enjeux qui se dessinent dès maintenant et dans les années à venir, que nous avons souhaité observer, comprendre, détricoter. Car aujourd’hui plus que jamais, nous nous sentons « Lost in election », en résonance avec le très beau film de Sofia Coppola où l’héroïne incarnée par Scarlett Johansson est en errance dans un pays qu’elle ne connaît pas. Apprenons donc à mieux connaître ce jeune territoire qu’est Internet, développons notre culture numérique pour comprendre comment il fonctionne et quels sont ses biais. Forgeons-nous un esprit critique du numérique, apprenons, ainsi qu’à nos enfants, à détecter une fake news, un contenu complotiste. Le rôle de l’éducation est ici plus que jamais déterminant : militons pour faire entrer la culture numérique dans les écoles, les collèges, les lycées, et même plus loin, militons pour développer un sens civique du numérique.

C’est avec cette conviction forte que nous vous proposons aujourd’hui ce numéro 7 réalisé en partenariat avec Sorbonne Université, l’université pluridisciplinaire de recherche intensive, une référence dans la monde de la recherche pour toutes celles et ceux qui souhaitent apprendre. Quel monde voulons-nous avec les technologies ? Le meilleur ou le pire ? La question ne cesse de nous interroger, à l’heure où les jeux paralympiques battent leur plein. Car sur la question du handicap, les outils technologiques sont à double tranchant : ils peuvent améliorer le quotidien des personnes atteintes de handicap ou à l’inverse, aggraver leurs difficultés. N’est-il pas temps de questionner leur usage et d’intégrer dès leur conception une dimension d’inclusion nécessaire ? C’est ce dont nous avons parlé avec Stéphanie Gateau, fondatrice de Handiroad, une application qui vient en aide aux personnes à mobilité réduite. Rendez-vous ensuite avec l’association Becomtech qui sensibilise et forme les jeunes filles aux métiers du numérique dans les collèges et les lycées : ici encore, l’éducation est l’une des clefs pour faire bouger les lignes de notre société. Et puis de la hauteur pour finir, avec la place grandissante que prend l’intelligence artificielle dans de nombreux domaines. Loin des clichés, l’IA est déjà une alliée dans l’environnement et la santé.

 

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Sophie Comte et Aurore Bisicchia
Sophie Comte et Aurore Bisicchia
Cofondatrices du magazine Chut!