Quelles difficultés rencontrent les femmes pour lever des fonds dans l’écosystème start-up ?

Aujourd’hui, en France, 40 % des entreprises sont fondées ou cofondées par des femmes. Parmi elles, entre 21 et 23 % sont à la tête d’une start-up, et dans ce pourcentage, il n’y a que 3 % qui parviennent à lever des fonds. Ce n’est même plus un plafond de verre, c’est un mur de béton ! Lancer une start-up nécessite d’avoir un peu de carburant financier pour tester son idée marketing, ou des budgets développement conséquents. L’amorçage est l’étape la plus difficile dans la vie d’une start-up ! Mais, à cause des biais cognitifs, les investisseurs masculins ont tendance à investir dans des projets qu’ils auraient eux-mêmes portés : très tech, très industriels. L’année dernière, 80 % des levées de fonds se sont faites dans des boîtes BtoB (Business to Business). Les femmes, elles, ont plus tendance à faire du BtoC (Business to Consumer). Cela consomme plus de cash et fait davantage peur aux investisseurs. Sans compter qu’au lieu de se lancer avec un produit un minimum viable, les entrepreneures attendent souvent que tout soit parfait, et arrivent parfois trop tard au moment de la levée de fonds.

Vous êtes business angel : quelle est la réalité de cette activité pour une femme ?

Il faut désacraliser cette activité et arrêter de penser que pour être business angel, il faut être Christine Lagarde ! Il n’y a pas non plus besoin d’avoir des compétences dingues en finance. Et puis, on peut se mettre à plusieurs. Moi, à chaque fois que j’ai envie d’investir, j’envoie la boîte et le produit à mes copines ! J’essaye aussi de me renseigner, de confronter le produit avec le marché et des potentiels clients. Il n’y a pas besoin d’être directeur financier pour investir, même si ce n’est pas à la portée de tout le monde, il faut avoir un peu d’argent de côté. Mais on n’est pas obligé d’avoir 100 000 euros pour être business angel. On peut commencer à une toute petite échelle avec les projets de crowdfunding, par exemple !

Comment faire avancer les choses dans l’écosystème ?

Ce serait bien d’avoir un fonds Bpifrance dédié aux femmes, car le sujet est l’amorçage. C’est ce qui est le plus dur à avoir lorsque l’on débute. En 2021, on a eu 23 licornes, il n’y a jamais eu autant d’argent ! Mais il ne va qu’à ceux qui réussissent et l’ont déjà prouvé. Le montant investi du top 10 des femmes business angels est à 10 millions d’euros, contre 180 millions côté masculin. Non seulement il n’y a pas assez de femmes business angels en France, mais en plus elles lèvent beaucoup moins d’argent que les hommes.

La rédaction de Chut !
Chut ! est un magazine de société qui prend le temps d’observer l’impact du numérique sur nos vies.